Expostion 2018 - Oeuvres récentes - chez Jean-Clarence Lambert - Dracy 89130

 

Un objet nous fait face, il est seul au centre de la toile, il est nu. Il est maître de l’espace qu’il fragmente, métamorphose, dissout. Il prend la mesure du monde. Nous sommes minuscules face à lui. Sa beauté sauvage force l’admiration. Il est magistral, il règne, et pourtant c’est un simple objet usuel, un verre. Dans sa simplicité, il acquiert la force symbolique d’un calice et évoque la quête du Graal. Katherine Rey a consacré à cetet humble coupe toute une série. C’était en 1998.
En 2018, c’est le monde minéral qui s’est emparé de ses toiles : des sommets enneigés, des récifs, des cavernes, des rocs. La pierre dure, anguleuse, géométrise l’univers. Harmonisant les contraires, l’artiste fait surgir la roche avec des papiers déchirés. C’est avec la transparence qu’elle crée l’opacité, le tendre qu’elle évoque la dureté. La force des œuvres tient dans cette capacité à dépasser les contradictions tout en les affrontant. Personnalité agoniste, Katherine Rey, dans ses toiles, parvient à atteindre le Point sublime que recherchait André Breton à la suite des alchimistes, ce point de résolution des contraires, où toutes les oppositions sont réconciliées, sublimées. Ainsi les toiles noires paraissent blanches, le noir et blanc donne la couleur, les grands aplats deviennent dessins, acquièrent une qualité scripturaire. Et dans ces massifs vides, sans figuration aucune, on ne sait pourquoi se dégage une présence fauve, une odeur de bêtes féroces, surgies de la nuit des temps. Les premiers hommes ont laissé leur empreinte : des signes, des écritures que nous ne savons lire mais qui nous parlent.
Parallèlement aux toiles telluriques, Katherine Rey développe une longue série sur les foules. Comme si la présence humaine absente s’imposait soudain. Ils sont de nulle part et sans destination. Des marcheurs, éternels voyageurs, ou migrants. Que leur périple soit subi ou voulu, ils se dirigent vers un but incertain, à l’image de l’humanité en marche.

Cette peinture énergique, proche par sa gestualité de l’expressionnisme abstrait d’un Robert Motherwell ou d’un Arshile Gorky, aux accents parfois tragiques, singulière et personnelle, saura s’imposer dans le paysage artistique contemporain.

FRANCOISE PY


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Paris, Octobre 2008


« A travers ce chemin silencieux que dessinent des œuvres d’une rare élégance, Katherine Rey essaye de nous dire quelque chose de l’indicible. Sans s’occuper de suivre les modes, c’est-à-dire sans se soustraire au désir qui l’habite et qui lui enjoint de se colleter avec l’au-delà des rivages connus pour nous en rapporter les traces qu’elle y a entrevues.

Et de fait, chacune des pièces qu’elle produit s’offre de restituer quelques bribes de cette invisible palpitation vers laquelle tend, confusément, notre rapport à l’absence. En ce sens, Katherine Rey s’inscrit dans la lignée de ces artistes qui consentent à n’être jamais que les artisans d’une œuvre qui les dépasse et à laquelle ils s’efforcent de donner corps. Et c’est sans doute la raison pour laquelle ce qu’elle nous donne à voir ne laisse pas d’exprimer, avec une infinie délicatesse, le chatoiement de la grâce saisie au seuil de son envol. »

JACQUES TOURNIER

Paris, October 2008

« By means of the silent path delineated by her uniquely elegant works, Katherine Rey attempts to convey something ineffable to us. Eschewing fashionable trends, she surrenders to the injunction of her sovereign desire to cleave to the expanse lying beyond familiar shores so as to bring back to us vestiges of what she glimpsed there. And indeed, every piece she produces is an offering that tries to restore to us a trace of that invisible palpitation which betokens our bewildered relation to the absent. In this Katherine Rey reveals her affiliation to that long lineage of artists who accept that they are but the artisans of an endeavour to incarnate an artistic vision that is beyond them. And this is no doubt the reason why what she reveals to us, with infinite delicacy, never fails to express the shimmering of grace captured on the verge of its flight..” 

Parigi, OCTOBRE 2008

« Attraverso questo sentiero silenzioso che descrive le opere di una rara eleganza,

Katherine Rey tenta di dirci qualcosa di indicibile.Senza preoccupazione di seguire le mode, sarebbe a dire senza sottrarsi al desiderio che laabita e che la spinge aldilà delle coste conosciute per renderci le tracce che ha intravisto.

E di fatto, ognuno dei pezzi che essa produce si offre di restituire qualche frammento di questa invisibile palpitazione verso la quale tende, confusamente il nostro rapporto alla

assenza.

In questo senso, Katherine Rey si inserisce sulla linea degli artisti, che consentono a non essere mai altro che artigiani di un’opera che li superi , e per laquale si sforzano di dare corpo.

Ed è senza dubbio la ragione per la quale cio che essa ci dà a vedere non lascia spiegazioni e e con un’infinita delicatezza lo scatto cangiante della grazia afferrata sulla soglia del suo involo. « 




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... " un genre humain un peu différent de celui que l’on connaît et qui vit dans la pesanteur et la guerre, des hommes et des femmes d’avant le temps du tumulte et de la colère, témoins d’époques très anciennes, extraits des ténèbres caverneuses où ils furent jadis créés : « corps prétextes », comme Katherine Rey les définit, mais aussi corps « pré-historiques ».....

  extrait d'un texte écrit par CLAUDE DELARUE
2006
 
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POUR KATHERINE REY par Jean-Clarence Lambert - 2014


Je suis de ceux qui tiennent l’oiseau pour le chef d’œuvre du Cinquième Jour. (Cf. La Genèse, I, 22)

Or, comme le rappelle St John Perse,  l’oiseau garde parmi nous quelque chose du chant de la création.

A/e/i/o/u : son nom comprend toutes nos voyelles, il chante !

Eternel présent de l’oiseau : il nous fait oublier le temps.

Ses ailes et tout son plumage nous offrent, songe ou caresse, la plus complète gamme de couleurs qui puisse exister à nos yeux.

Ses ailes ! Il est le maître de l’espace, notre espace !

Or, Platon l’avait dit : « De toutes les choses attenantes au corps, ce sont les ailes qui le plus participent à ce qui est divin »,

Quand il apparait dans notre petite quotidienneté, c’est chaque fois une invitation à vivre plus, à voir au-delà de la vue.

Parfois, les plus chanceux d’entre nous découvrent chez eux ce chef d’œuvre: un nid. Quel enrichissement pour notre maison ! Humble trésor avec ses œufs multicolores et son duvet.

… ainsi en est-il dans les peintures de Katherine Rey

JEAN CLARENCE LAMBERT

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«  Le monde des animaux est un océan de sympathies dont nous ne buvons qu’une goutte quand nous pourrions en absorber des torrents.  » Lamartine nous incite à nous rapprocher du monde animal et des effluves de sympathie qu’il dégage. Par son rôle de passeur, l’animal nous relie à l’univers, nous met en harmonie avec le cosmos. Braque, Matisse, Picasso, Magritte en ont fait le symbole de la liberté en art, du droit de tout oser. Dégagés de la pesanteur, les oiseaux accèdent aux mondes subtils réservés aux seuls initiés. «  Les oiseaux, par leur éloignement de la terre, l’innocence de leur vie, la pureté de l’air qu’ils respirent, la faculté qu’ils ont de s’approcher du sol, l’extraordinaire délicatesse de leurs organes, sont initiés à des mystères que nos sens grossiers ne sauraient percevoir  », écrit le surréaliste Scutenaire.

Katherine Rey l’a bien compris, qui nous livre son ornithologie passionnelle (pour reprendre le titre du bel ouvrage de Toussenel). Ses oiseaux sont un pur jeu d’ailes, une danse, un tourbillon. C’est de l’air devenu forme, du ciel devenu battements, pépiements, chant, azur pâle ou flamme rougeoyante. «  Je vais les faire gazouiller avec leurs ailes  », explique-t-elle, nous livrant par l’image quelques secrets de la langue des oiseaux.

Les toiles ont été peintes spécialement pour le lieu  : vieux murs où les oiseaux ont niché, bâtiments centenaires où l’ami des artistes Cobra, Jean-Clarence Lambert, a lui aussi fait son nid. Ils s’y connaissent en phénix et autres oiseaux fabuleux, ses compagnons d’œuvres, Corneille (il avait le nom de son oiseau totem), Constant, Jorn, Carl Henning Pedersen. Leur présence tutélaire veille sur les grands oiseaux libres de Katherine Rey. Allez à leur rencontre et vous découvrirez, comme le dit si justement Malcolm de Chazal, que «  l’aile de l’oiseau est une caresse qui vole, comme un baiser ayant des ailes  ».

FRANCOISE PY - Université PARIS 8 - 2014
                                     

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L'EN-CHANTEMENT DU MONDE par KATHERINE REY

PASCAL THERME - 2014

A être mis en présence de la peinture de Katherine Rey, on est immédiatement séduit et

interrogé tout à la fois.

Séduit parce qu' en soi immanquablement un espace se dessine, agit, interroge, et que ce

double mouvement est un songe à éprouver et à connaître.

Il faut déjà en revenir aux sources même du langage : seducere en latin, être à l'écart, être

transporté, et placé devant une la réalité dʼune intimité rêvée, un autre temps, le temps des oiseaux

qui volent et s'envolent, dans ces carrés précisément délimités dans le ciel. Une poïesis se met à l’

oeuvre, antique, appel de l'Augure et des Auspices, Génèse, commencements, action du vol des

oiseaux et des messages dont celui-ci est porteur: in –augures actiones..., inauguration, ouverture au

ciel à la lecture des signes.

N'était ce pas là très précisément l'action des Augures qui dans le monde antique

délimitaient dans le ciel grâce à leur bâton sacré, le litus, un carré ou un rectangle,

constituant ainsi le templum, le premier temple, pour y lire les signes et s’en saisir

à travers la contemplatio, pour ensuite en adresser le sens métaphoriquement aux hommes?

N’est-ce pas là, l’action entrevue de la peinture de Katherine REY, liée aux fondements

symboliques du chant, de la naissance du Verbe, la résonance du LOGOS.

… et le carré de ces toiles, ce petit temple où tout sʼénonce du Mystère des images qui se forment en

soi, aux confins de la conscience, dans la main et lʼoeil du peintre, soudain liés à ce don propitiatoire ?

Ici, une surface animée et active, silencieuse et prophétique où l’oeil épris de la vision

intérieure se projette sur la toile pour évoquer ce temps mythique qui précéda le temps?

Les zoazos de Katherine Rey sont donc de cette nature, ils sont le Mutos, ils sont le

silence, ils volent en ce ciel intérieur, ils sont doués de ce langage, très sûrement subtil et

enchanteur, réjouissant pépiements de temps et d'espace, d'être là, psaume secret doué où

la plume et le chant célèbrent l'Air et le Ciel.

Ces sonorités sont toutes Intérieures, mises en éveil par la peinture, guidées par elle

et créant ce chant qui anime, souffle devenant Chant, dans l’annonce de ce que sera le

Verbe, La Poiësis, lʼArt : Orphée et Pan, Apollon, couche nuptiale teintée de ciel que Matisse,

Braque, Picasso perçurent si nettement.

Ce silence du vol active lʼ instance poétique, le temps de la souvenance, de l'anamnèse: j'entends le

chant qui précède le chant. Opération donc a minima Magique et voyageuse....

On ne saurait imaginer le Paradis sans lumière, sans le chant des oiseaux, de

l'Air et de la Terre.

Plutarque dans la Gloire des Athéniens écrit:"

Les peintres montrent les actions comme sur le point de devenir (et c'est bien là pour moi

l'essence de la peinture de Katherine REY), les récits les narrent comme étant devenus."

Ainsi le peintre se dit en grec zoo Graphos, celui qui écrit la vie .

Le récit suppose donc la fin de l'événement, l'image, la Peinture , les fresques antiques sont

indicielles, prémonitoires, précèdent l'événement que l’historien, lʼécrivain, décriront a posteriori.

Et ces images ont alors également la puissance de faire advenir ce qui n'est pas encore là,

ce qui est avant, ce qui se passera après.

Ce qui se révèle est donc le message délivré par le songe et lʼincroyable voyage aux sources même

du temps. Ce qui est évoqué précède la venue de l Homme.

….et alors quel bonheur de pouvoir être porté par lʼimagination créatrice du peintre, dʼêtre convié à

ces naissances par l'appel du chant même du songe.

Approche pourtant tout en douceur ou le Corbeau ne paraît point, mais ou la Colombe et le

Phénix sont rois, oiseaux symboliques pour toujours dans l' IMagina Universelle.

C'est dire que les peintures de Katherine REY font partie des fondements aperçus de l heure

et qu'elles nous disent cette part enchantée et perdue puis retrouvée grâce à elle.

Espaces vertigineux et clairs, Tuché des ailes magiques peignant le temps et l'espace, vivant dans

un temps d'avant le récit, avant l'énonciation, en plein coeur de ces racines ailées et mythiques, au

coeur même de notre psyché.

Dans un bruissement d'ailes ravissant, le chant des oiseaux se prolongent aussi loin que lʼ

antécédence fonde, jusqu'à la nuit éternelle et joyeuse, peuplée du chant de l'aube, point nodal de

l'axe des mondes, à l'heure du premier pas, à l'éveil du bruissement

enchanteur où tout se fond et renaît, comme ce Phénix rouge ou ces colombes blanches

s'approchant de la lumière primordiale.

De quoi évoqué discrètement la figure de l’Ange…et son vol silencieux et nuptial.

Quand l’Aube paraît… où les secrets transmis aux Mystes à Eleusis, quand la partition entre

le monde et les dieux n’existait pas encore et quand le monde était habité par les Dieux,

quand l homme vibrait par le sacré et que son chant était encore induit par la langue des

oiseaux, les yeux toujours ouverts à l’Immanente et transcendante Beauté.

L' en-chantement du songe, voilà ce que la Peinture étoilée de Katherine REY suppose et

donne en partage, un voyage aux confins des Temps et des Mondes, afin de refonder sa

propre unité, c’est dire que traversant les mythes et la Génèse, à la recherche de cette

évidence sous-jacente et secrète tournée vers le Un, sa peinture en est devenue universelle

dans son essence.