De formation universitaire en archéologie et histoire de l'art à Paris 1 Panthéon-Sorbonne,
Katherine Rey a parallèlement étudié le dessin et la peinture en ateliers d'arts plastiques publics et privés,
intégrant un apprentissage riche en multiples expériences pratiques.
Issu de ces confrontations, son travail de peinture s'inscrit au carrefour d'influences épiques, romantiques,
chargeant son geste d'un indicible souffle.
La question de l'humain et de ses origines et son déploiement sur terre, apporte à cette artiste,
une source de thèmes qu'elle traite en privilégiant l'exploration picturale pour chaque tableau.
L'approche méditative donne son sens à une gestuelle inspirée.
Katherine Rey reste engagée dans chaque oeuvre qu'elle produit, dans le seul champ d'un possible, en joie ou en drame.

« Mes thèmes sont les humains dans toutes leurs simplicités et complexités (la vie, la mort,, le désir, l’Autre),
le paysage, l’architecture,.l’arbre et le vent transporteur, les oiseaux compagnons et migrateurs.

Les sujets me provoquent et m’entraînent dans une expression gestuelle.
Je me laisse saisir jusqu’à attendre les moments où je ne sais plus rien.

Je triture les représentations, laisse surgir le sensible, la joie, la peur, l’espérance, l’inconnu.

Le trait, lorsqu’il est lent, porte en lui tout de moi.
Les superpositions, les transparences, et les juxtapositions s’installent dans des rythmes gouvernés par le vide et le plein.

Le pinceau et la brosse sculptent des formes que je ressens ancestrales et primordiales.
Je m’applique et puis soudain je ne m’applique plus du tout….. »

« Je me ballade dans la nature, dans le corps, dans l'espace au gré de mes envies.

A chaque histoire son indicible, ses gestes, son noir profond, sa lumière, son dénouement en 3 ans, 3 jours, 3 heures, 3 secondes.

Je me sens là tout près, dans un signe, un trait, une masse. »


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Exposition 2021 - aux Ecuries de St Hugues - Cluny - Saône et Loire -

"CHEMIN(S) DE CROIX"


LES STATIONS DE KATHERINE REY

par Daniel Leuwers

 

Les quatorze stations du Chemin de croix de Katherine Rey s’échelonnent sur un unilatéral fond pictural noir, à mi-chemin entre le tragique et l’austérité. Les ors jadis requis dans les fonds de tableaux d’un Giotto n’ont évidemment plus lieu d’être dans la présente aventure. Et c’est encore sur un fond noir que culmine la quinzième et ultime station : celle de la Résurrection, celle qui transcende l’inexorable montée au Calvaire et la convie à culminer en une explosion de matériaux et de couleurs. Les pierres soudain s’envolent, les collages sur toile s’ébattent, se cognent et semblent finir en caresses. Devant cette apothéose terminale, on ne peut s’empêcher de penser à Henri Matisse qui, à la fin de sa vie, découpait l’univers et voulait lui donner des couleurs ardemment collées au bonheur.

Bien sûr, le Chemin de croix de Katherine Rey ne nous renvoie guère (sinon dans l’imaginaire) aux tableaux célèbres de Giotto, de Dürer ou de Titien. Il nous ramène plutôt à l’émotion que l’on ressent lorsqu’on pénètre dans la Chapelle du Rosaire de Vence où Matisse a inscrit les quinze stations de son Chemin de croix où, sur le blanc d’un même mur, le corps de Jésus se livre à l’épure de la mort. Mais avec Katherine Rey, ce sont des formats monumentaux qui s’offrent alternativement à nos yeux. Et son art consiste justement à cribler de rayures le lieu de ses interrogations. Car, oui, Katherine raie. Elle n’hésite pas à cribler ses compositions de traits tourmentés ou interrogateurs.

Dès la première station dans le jardin de Gethsémani, des rayures strient la terre, en parcourent les veines, y suscitent des spasmes. Sous un ciel pesamment noir, des journées troubles se préparent. Quatre formes (pierres ou bouts de toile collés –c’est tout un) s’envolent légèrement et s’écartent des rides du souci qui affecte Jésus. La roue du destin entame sa grande lessive.

Dans la seconde station, une forme massive, fouineuse, séductrice ose une avancée précise vers un delta en détresse où Jésus pressent déjà sa mort. Jésus n’en doute guère : il sera trahi par les meilleurs de ses disciples, et Judas ouvre la voie, entaille la veine offerte.

Dans la troisième station, le procès commence sans retard. Promptement prononcée, la condamnation est sans appel. Deux touches bleues en forme d’espoir s’accrochent certes au cœur aimant, mais les pierres plates qui l’entourent sont comme des lames. L’univers se déchire, se décolle et part en vrilles.

Dans la quatrième station, le bleu disparaît totalement dès lors que l’apôtre Pierre a renié son Maître en difficulté, conformément à ce que Jésus avait de longtemps prophétisé. Et c’est une tache rouge qui fait son apparition tandis que le fond noir s’agrandit et que les rayures de l’angoisse grossissent et se ramifient.

Jésus est dès lors conduit vers sa mise à mort, dans la cinquième station. Les pierres s’accumulent à la façon d’un bûcher qu’on apprête. Pierre après pierre (et celle fournie par Pierre lui-même n’est pas la moindre), le destin se scelle sous le pesant nuage blanc de l’univers entier.

Flagellé et couronné d’épines dans la sixième station, Jésus subit les soubresauts d’un mouvement antagoniste qui le fait ployer. Son visage est livré aux stries de la souffrance tandis que, plus bas, son corps vaincu consent.

Le port de la croix, dans la septième station, hâte une splendide projection picturale vers le haut. Deux fins fils blancs opèrent le contact avec les voix supérieures. Et cet élan altier est conforté par l’aide inattendue de Simon de Cyrène, dans la huitième station. Les rayures du souci se transforment en grands traits fortement rythmés. La croix est assurément moins lourde, mais dans l’élan, il y a déjà la lance, la danse assassinée et l’appréhension (ou préhension) de la chute.

Dans la neuvième station, les femmes de Jérusalem sont pour Jésus une rencontre douce, heureuse. Les visages aimants voudraient soutenir Jésus dont le propre visage demeure cependant esseulé, comme un galet livré à la tempête.

Dans la dixième station, la croix est couchée à terre pour la crucifixion. Les couleurs s’éclairent à mesure que les clous pénètrent le bois –du noir au bleu et de l’ocre au rouge. Tout semble s’alléger sous le poids du malheur assumé.

Mais voici que se dressent, dans la onzième station, les trois croix mémorables – stupéfaction et effroi. Crucifié, Jésus n’en promet pas moins son Royaume au Bon Larron. Il rééquilibre ainsi le monde en faveur du Bien qui reste son arme. Et les trois bandes colorées qui planent au-dessus du sol l’attestent.

Dans la douzième station, Jésus confie sa mère à son disciple préféré (mais tant de disciples préférés se sont dérobés jusqu’à présent !). Sur sa croix, il édicte et règne. Trois points de couleurs parcourent son flanc, en gomment le coup de lance, le lancent au seuil de la mort.

La treizième station se passe de couleurs. Le noir est absolu à l’heure de la mort. Les traits s’effilent, les bras pendent. Le trépas est silence.

La mise au tombeau de la quatorzième station rend le corps couché de Jésus aux couleurs de la re-vie. Ce sont certes celles de la vie antérieure, mais dans le noir du tombeau, des éclats de bleu, de fines lamelles de rouge et deux masses ocres conjuguées offrent surtout un espace à un pan de blancheur qui est comme le linceul soulevé, appelé à devenir un nuage agrandi, dominant. Tout s’est joué entre le noir et le blanc, mais les couleurs ont permis de nuancer une aventure où la fougue transcendante s’est habillée des nuances de l’espoir, de la trahison, du sang versé, de la blancheur libératrice.

Il y a, bien sûr, dans ces peintures monumentales (qui tranchent avec les petites compositions saint-sulpiciennes qui attristent maintes églises), un souci de montrer une histoire mais aussi d’en exclure les détails inutiles, d’opérer un gommage qui s’apparente à des collages signifiants, de nous faire participer à des faisceaux de lumières qui s’éteignent ou brillent au gré de la tragédie en cascades. Les couleurs aspirent à un espace, se collent à la toile, en décollent quelquefois, avides d’aimanter ou d’être le support de la libération finale.

Ce n’est donc pas une symphonie en noir et blanc que Katherine Rey nous propose, mais une aspiration à la vie pleine et donc à la résurrection qui offre une nouvelle chance, un nouveau souffle, en exorcisant le noir qui reste la toile de fond de ce que Rimbaud a appelé « notre inhabileté fatale ».

La singularité du Chemin de croix de Katherine Rey réside en ceci que, sur son immense toile de fond noire, elle greffe les angoisses des protagonistes de l’aventure, que nous devenons nous-mêmes en tant que voyeurs de la mécanique tragique qui mêle les responsables de la condamnation, la pleutrerie des apôtres défaillants, mais toujours la force intérieure qui conduit à la résurrection.

Un vaste élan parcourt cette oeuvre gigantesque en quinze tableaux. L’univers semble parfois se fissurer et s’écrouler, mais il se recompose à mesure que la croix monte au Calvaire et se dresse en douleur. On assiste à l’entrechoquement d’éléments qui tombent ou tentent de planer pour échapper à l’enfouissement. On est constamment saisi par des couleurs qui aspirent à imposer leur primauté tout en craignant d’être absorbées par le noir envahissant. Alors, la peinture puise dans les ressources de son vitalisme interne les ferments d’une toujours imminente résurrection.


DANIEL LEUWERS


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Expostion 2018 - Oeuvres récentes - chez Jean-Clarence Lambert - Dracy 89130

 

Un objet nous fait face, il est seul au centre de la toile, il est nu. Il est maître de l’espace qu’il fragmente, métamorphose, dissout. Il prend la mesure du monde. Nous sommes minuscules face à lui. Sa beauté sauvage force l’admiration. Il est magistral, il règne, et pourtant c’est un simple objet usuel, un verre. Dans sa simplicité, il acquiert la force symbolique d’un calice et évoque la quête du Graal. Katherine Rey a consacré à cetet humble coupe toute une série. C’était en 1998.
En 2018, c’est le monde minéral qui s’est emparé de ses toiles : des sommets enneigés, des récifs, des cavernes, des rocs. La pierre dure, anguleuse, géométrise l’univers. Harmonisant les contraires, l’artiste fait surgir la roche avec des papiers déchirés. C’est avec la transparence qu’elle crée l’opacité, le tendre qu’elle évoque la dureté. La force des œuvres tient dans cette capacité à dépasser les contradictions tout en les affrontant. Personnalité agoniste, Katherine Rey, dans ses toiles, parvient à atteindre le Point sublime que recherchait André Breton à la suite des alchimistes, ce point de résolution des contraires, où toutes les oppositions sont réconciliées, sublimées. Ainsi les toiles noires paraissent blanches, le noir et blanc donne la couleur, les grands aplats deviennent dessins, acquièrent une qualité scripturaire. Et dans ces massifs vides, sans figuration aucune, on ne sait pourquoi se dégage une présence fauve, une odeur de bêtes féroces, surgies de la nuit des temps. Les premiers hommes ont laissé leur empreinte : des signes, des écritures que nous ne savons lire mais qui nous parlent.
Parallèlement aux toiles telluriques, Katherine Rey développe une longue série sur les foules. Comme si la présence humaine absente s’imposait soudain. Ils sont de nulle part et sans destination. Des marcheurs, éternels voyageurs, ou migrants. Que leur périple soit subi ou voulu, ils se dirigent vers un but incertain, à l’image de l’humanité en marche.

Cette peinture énergique, proche par sa gestualité de l’expressionnisme abstrait d’un Robert Motherwell ou d’un Arshile Gorky, aux accents parfois tragiques, singulière et personnelle, saura s’imposer dans le paysage artistique contemporain.

FRANCOISE PY



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POUR KATHERINE REY par Jean-Clarence Lambert - 2014


Je suis de ceux qui tiennent l’oiseau pour le chef d’œuvre du Cinquième Jour. (Cf. La Genèse, I, 22)

Or, comme le rappelle St John Perse,  l’oiseau garde parmi nous quelque chose du chant de la création.

A/e/i/o/u : son nom comprend toutes nos voyelles, il chante !

Eternel présent de l’oiseau : il nous fait oublier le temps.

Ses ailes et tout son plumage nous offrent, songe ou caresse, la plus complète gamme de couleurs qui puisse exister à nos yeux.

Ses ailes ! Il est le maître de l’espace, notre espace !

Or, Platon l’avait dit : « De toutes les choses attenantes au corps, ce sont les ailes qui le plus participent à ce qui est divin »,

Quand il apparait dans notre petite quotidienneté, c’est chaque fois une invitation à vivre plus, à voir au-delà de la vue.

Parfois, les plus chanceux d’entre nous découvrent chez eux ce chef d’œuvre: un nid. Quel enrichissement pour notre maison ! Humble trésor avec ses œufs multicolores et son duvet.

… ainsi en est-il dans les peintures de Katherine Rey

JEAN CLARENCE LAMBERT

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«  Le monde des animaux est un océan de sympathies dont nous ne buvons qu’une goutte quand nous pourrions en absorber des torrents.  » Lamartine nous incite à nous rapprocher du monde animal et des effluves de sympathie qu’il dégage. Par son rôle de passeur, l’animal nous relie à l’univers, nous met en harmonie avec le cosmos. Braque, Matisse, Picasso, Magritte en ont fait le symbole de la liberté en art, du droit de tout oser. Dégagés de la pesanteur, les oiseaux accèdent aux mondes subtils réservés aux seuls initiés. «  Les oiseaux, par leur éloignement de la terre, l’innocence de leur vie, la pureté de l’air qu’ils respirent, la faculté qu’ils ont de s’approcher du sol, l’extraordinaire délicatesse de leurs organes, sont initiés à des mystères que nos sens grossiers ne sauraient percevoir  », écrit le surréaliste Scutenaire.

Katherine Rey l’a bien compris, qui nous livre son ornithologie passionnelle (pour reprendre le titre du bel ouvrage de Toussenel). Ses oiseaux sont un pur jeu d’ailes, une danse, un tourbillon. C’est de l’air devenu forme, du ciel devenu battements, pépiements, chant, azur pâle ou flamme rougeoyante. «  Je vais les faire gazouiller avec leurs ailes  », explique-t-elle, nous livrant par l’image quelques secrets de la langue des oiseaux.

Les toiles ont été peintes spécialement pour le lieu  : vieux murs où les oiseaux ont niché, bâtiments centenaires où l’ami des artistes Cobra, Jean-Clarence Lambert, a lui aussi fait son nid. Ils s’y connaissent en phénix et autres oiseaux fabuleux, ses compagnons d’œuvres, Corneille (il avait le nom de son oiseau totem), Constant, Jorn, Carl Henning Pedersen. Leur présence tutélaire veille sur les grands oiseaux libres de Katherine Rey. Allez à leur rencontre et vous découvrirez, comme le dit si justement Malcolm de Chazal, que «  l’aile de l’oiseau est une caresse qui vole, comme un baiser ayant des ailes  ».

FRANCOISE PY - Université PARIS 8 - 2014
                                     

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L'EN-CHANTEMENT DU MONDE par KATHERINE REY

PASCAL THERME - 2014


A être mis en présence de la peinture de Katherine Rey, on est immédiatement séduit et

interrogé tout à la fois.

Séduit parce qu' en soi immanquablement un espace se dessine, agit, interroge, et que ce

double mouvement est un songe à éprouver et à connaître.

Il faut déjà en revenir aux sources même du langage : seducere en latin, être à l'écart, être

transporté, et placé devant une la réalité dʼune intimité rêvée, un autre temps, le temps des oiseaux

qui volent et s'envolent, dans ces carrés précisément délimités dans le ciel. Une poïesis se met à l’

oeuvre, antique, appel de l'Augure et des Auspices, Génèse, commencements, action du vol des

oiseaux et des messages dont celui-ci est porteur: in –augures actiones..., inauguration, ouverture au

ciel à la lecture des signes.

N'était ce pas là très précisément l'action des Augures qui dans le monde antique

délimitaient dans le ciel grâce à leur bâton sacré, le litus, un carré ou un rectangle,

constituant ainsi le templum, le premier temple, pour y lire les signes et s’en saisir

à travers la contemplatio, pour ensuite en adresser le sens métaphoriquement aux hommes?

N’est-ce pas là, l’action entrevue de la peinture de Katherine REY, liée aux fondements

symboliques du chant, de la naissance du Verbe, la résonance du LOGOS.

… et le carré de ces toiles, ce petit temple où tout sʼénonce du Mystère des images qui se forment en

soi, aux confins de la conscience, dans la main et lʼoeil du peintre, soudain liés à ce don propitiatoire ?

Ici, une surface animée et active, silencieuse et prophétique où l’oeil épris de la vision

intérieure se projette sur la toile pour évoquer ce temps mythique qui précéda le temps?

Les zoazos de Katherine Rey sont donc de cette nature, ils sont le Mutos, ils sont le

silence, ils volent en ce ciel intérieur, ils sont doués de ce langage, très sûrement subtil et

enchanteur, réjouissant pépiements de temps et d'espace, d'être là, psaume secret doué où

la plume et le chant célèbrent l'Air et le Ciel.

Ces sonorités sont toutes Intérieures, mises en éveil par la peinture, guidées par elle

et créant ce chant qui anime, souffle devenant Chant, dans l’annonce de ce que sera le

Verbe, La Poiësis, lʼArt : Orphée et Pan, Apollon, couche nuptiale teintée de ciel que Matisse,

Braque, Picasso perçurent si nettement.

Ce silence du vol active lʼ instance poétique, le temps de la souvenance, de l'anamnèse: j'entends le

chant qui précède le chant. Opération donc a minima Magique et voyageuse....

On ne saurait imaginer le Paradis sans lumière, sans le chant des oiseaux, de

l'Air et de la Terre.

Plutarque dans la Gloire des Athéniens écrit:"

Les peintres montrent les actions comme sur le point de devenir (et c'est bien là pour moi

l'essence de la peinture de Katherine REY), les récits les narrent comme étant devenus."

Ainsi le peintre se dit en grec zoo Graphos, celui qui écrit la vie .

Le récit suppose donc la fin de l'événement, l'image, la Peinture , les fresques antiques sont

indicielles, prémonitoires, précèdent l'événement que l’historien, lʼécrivain, décriront a posteriori.

Et ces images ont alors également la puissance de faire advenir ce qui n'est pas encore là,

ce qui est avant, ce qui se passera après.

Ce qui se révèle est donc le message délivré par le songe et lʼincroyable voyage aux sources même

du temps. Ce qui est évoqué précède la venue de l Homme.

….et alors quel bonheur de pouvoir être porté par lʼimagination créatrice du peintre, dʼêtre convié à

ces naissances par l'appel du chant même du songe.

Approche pourtant tout en douceur ou le Corbeau ne paraît point, mais ou la Colombe et le

Phénix sont rois, oiseaux symboliques pour toujours dans l' IMagina Universelle.

C'est dire que les peintures de Katherine REY font partie des fondements aperçus de l heure

et qu'elles nous disent cette part enchantée et perdue puis retrouvée grâce à elle.

Espaces vertigineux et clairs, Tuché des ailes magiques peignant le temps et l'espace, vivant dans

un temps d'avant le récit, avant l'énonciation, en plein coeur de ces racines ailées et mythiques, au

coeur même de notre psyché.

Dans un bruissement d'ailes ravissant, le chant des oiseaux se prolongent aussi loin que lʼ

antécédence fonde, jusqu'à la nuit éternelle et joyeuse, peuplée du chant de l'aube, point nodal de

l'axe des mondes, à l'heure du premier pas, à l'éveil du bruissement

enchanteur où tout se fond et renaît, comme ce Phénix rouge ou ces colombes blanches

s'approchant de la lumière primordiale.

De quoi évoqué discrètement la figure de l’Ange…et son vol silencieux et nuptial.

Quand l’Aube paraît… où les secrets transmis aux Mystes à Eleusis, quand la partition entre

le monde et les dieux n’existait pas encore et quand le monde était habité par les Dieux,

quand l homme vibrait par le sacré et que son chant était encore induit par la langue des

oiseaux, les yeux toujours ouverts à l’Immanente et transcendante Beauté.

L' en-chantement du songe, voilà ce que la Peinture étoilée de Katherine REY suppose et

donne en partage, un voyage aux confins des Temps et des Mondes, afin de refonder sa

propre unité, c’est dire que traversant les mythes et la Génèse, à la recherche de cette

évidence sous-jacente et secrète tournée vers le Un, sa peinture en est devenue universelle

dans son essence.


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Paris, Octobre 2008


« A travers ce chemin silencieux que dessinent des œuvres d’une rare élégance, Katherine Rey essaye de nous dire quelque chose de l’indicible. Sans s’occuper de suivre les modes, c’est-à-dire sans se soustraire au désir qui l’habite et qui lui enjoint de se colleter avec l’au-delà des rivages connus pour nous en rapporter les traces qu’elle y a entrevues.

Et de fait, chacune des pièces qu’elle produit s’offre de restituer quelques bribes de cette invisible palpitation vers laquelle tend, confusément, notre rapport à l’absence. En ce sens, Katherine Rey s’inscrit dans la lignée de ces artistes qui consentent à n’être jamais que les artisans d’une œuvre qui les dépasse et à laquelle ils s’efforcent de donner corps. Et c’est sans doute la raison pour laquelle ce qu’elle nous donne à voir ne laisse pas d’exprimer, avec une infinie délicatesse, le chatoiement de la grâce saisie au seuil de son envol. »

JACQUES TOURNIER

Paris, October 2008

« By means of the silent path delineated by her uniquely elegant works, Katherine Rey attempts to convey something ineffable to us. Eschewing fashionable trends, she surrenders to the injunction of her sovereign desire to cleave to the expanse lying beyond familiar shores so as to bring back to us vestiges of what she glimpsed there. And indeed, every piece she produces is an offering that tries to restore to us a trace of that invisible palpitation which betokens our bewildered relation to the absent. In this Katherine Rey reveals her affiliation to that long lineage of artists who accept that they are but the artisans of an endeavour to incarnate an artistic vision that is beyond them. And this is no doubt the reason why what she reveals to us, with infinite delicacy, never fails to express the shimmering of grace captured on the verge of its flight..” 

Parigi, OCTOBRE 2008

« Attraverso questo sentiero silenzioso che descrive le opere di una rara eleganza,

Katherine Rey tenta di dirci qualcosa di indicibile.Senza preoccupazione di seguire le mode, sarebbe a dire senza sottrarsi al desiderio che laabita e che la spinge aldilà delle coste conosciute per renderci le tracce che ha intravisto.

E di fatto, ognuno dei pezzi che essa produce si offre di restituire qualche frammento di questa invisibile palpitazione verso la quale tende, confusamente il nostro rapporto alla

assenza.

In questo senso, Katherine Rey si inserisce sulla linea degli artisti, che consentono a non essere mai altro che artigiani di un’opera che li superi , e per laquale si sforzano di dare corpo.

Ed è senza dubbio la ragione per la quale cio che essa ci dà a vedere non lascia spiegazioni e e con un’infinita delicatezza lo scatto cangiante della grazia afferrata sulla soglia del suo involo. « 




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... " un genre humain un peu différent de celui que l’on connaît et qui vit dans la pesanteur et la guerre, des hommes et des femmes d’avant le temps du tumulte et de la colère, témoins d’époques très anciennes, extraits des ténèbres caverneuses où ils furent jadis créés : « corps prétextes », comme Katherine Rey les définit, mais aussi corps « pré-historiques ».....

  extrait d'un texte écrit par CLAUDE DELARUE
2006